Monsieur Important veut devenir Président. Et pour cela, la com’ c’est… important.


Monsieur Important veut être Président.

Cela fait déjà des années qu’il occupe une place de choix dans son parti. Pour l’élection qui arrive, il le sait, c’est son tour. Monsieur Important a de la chance, son parti le soutient. Personne ne sait si ce sera le cas après l’élection : les alliances se font et se défont vite en politique. Mais pour le moment, il est leur champion.

Pour être Président, Monsieur Important doit convaincre. Trouver un bon slogan, choisir une belle affiche. Monsieur Important a besoin de conseillers en communication pour faire une bonne campagne et devenir vraiment important. Il devrait même dire conseillers en « com’ », il paraît que c’est plus « punchy », plus « fun ». Même si Monsieur Important n’a plus vingt ans, il veut paraître jeune. Des conseillers politiques, il en cherchera plus tard : rédiger un programme n’est pas la priorité. Les affiches, le slogan, au contraire, ça, c’est essentiel !

Ses conseillers en com’, tirés à quatre épingles, se réunissent une première fois. Ils réfléchissent à des images fortes, des mots-clé, des mots bateau, des mots fourre-tout, des mots vides, des mots déjà utilisés mille fois par tous les autres candidats de toutes les élections. Ils voudraient résumer leur vision du pays en une formule magique. Une formule qui leur ouvrirait les portes de l’Elysée.

« France », « ensemble », « force », « courage », « vérité », « possible », « oui ». Les mots qui constituent le vocabulaire des conseillers en com’ ne sont pas très nombreux. Il faut être concis, « e-ffi-ca-ce ».

Le numéro un des conseillers en com’ va proposer un ou deux slogans, qui seront soumis à la validation de l’équipe, puis à l’approbation du candidat. Oui, c’est toujours Monsieur Important qui a le dernier mot, pour qu’il ait l’impression de choisir au moins un petit peu. C’est sa campagne, après tout.

Ensuite, Monsieur Important vérifie que le slogan colle bien avec la photo qu’il a choisie pour son affiche. Une photo en contre-plongée façon héros de film d’action, une photo avec buste apparent pour dire qu’il a la tête sur les épaules, une photo de profil pour montrer qu’il est tourné vers l’avenir… Tout dépend du meilleur profil de Monsieur Important et de l’image qu’il veut « véhiculer », comme lui ont dit ses conseillers en com’.  

Le slogan est choisi, Monsieur Important est content.

Maintenant, M. Important doit décider s’il met le logo de son parti sur son affiche. Il pense que ce n’est pas la peine, tout le monde le connaît. Trente-cinq pour cent de la population a même dit qu’elle voterait pour lui. La rose ou le drapeau bleu-blanc-rouge, tous ces symboles, personne n’y prête plus attention, lui ont dit les conseillers. Ses adversaires, Monsieur Rouge, Madame Bleue et Monsieur Vert, exhibent leur logo fièrement, eux, sur leurs affiches, leurs badges, leurs tracts. Ils prennent même du temps pour expliquer leurs symboles, ils en changent parfois.

Maintenant, Monsieur Important n’a plus qu’à attendre. Attendre que ses affiches sortent d’une grande imprimerie parisienne. Attendre que les tracts soient distribués dans tous les comités qui soutiennent Monsieur Important. Attendre que les petites mains de la campagne distribuent les tracts sur les marchés. Monsieur Important n’a pas consulté ses militants pour composer les tracts et les affiches. A la fin de la chaîne, on ne donne pas son avis. Tout se décide « là-haut ».

Les militants vont coller les affiches de M. Important, la nuit, sur les ponts et les murs. A quatre, deux au collage, deux à la surveillance. Ils prennent des risques pour M. Important, ils l’aiment vraiment. Et lui ? Les aime-t-il ? Il faudrait leur demander.

Pour les tractages et les collages, les bénévoles s’inscrivent par téléphone. Monsieur Important, lui aussi, a fait ça, au tout début. Mais cela fait longtemps qu’il a oublié l’odeur de la colle. Parfois, il passe faire un tour dans les locaux de ses partisans. Trois minutes de présence pour ceux qui font campagne trois jours par semaine pendant deux ans, ce n’est pas cher payé, si? Monsieur Important s’en sort bien.

Un jour, un jeune est venu…

Il leur a dit « arrêtons les tracts, ça ne sert plus à rien ! Il faut miser sur les réseaux sociaux, Internet ! ». Les conseillers com’ de Monsieur Important l’ont donc inscrit sur Twitter, mais sans arrêter les tractages. Les conseillers en com’ ont un peu de bon sens ; ils savent tout de même que le contact réel, humain, personnel, compte encore. Et ils pensent aux électeurs de Monsieur Important qui n’ont pas Internet… Ils sont forts, ces conseillers en com’.

Monsieur Important veut être Président. Il martèle ses slogans, des phrases qu’il veut faire entrer dans la tête des gens. « Gagner plus pour manger plus » ; « Dehors Monsieur Bonhomme ! » ; « La moustache, c’est la classe ». Il répète à l’envi trois mesures phares de son programme, pour convaincre celles et ceux qui vont glisser un bulletin dans l’enveloppe le jour de l’élection.

Monsieur Important ne quitte jamais ses conseillers en com’ et suit leurs indications. « Tu dois paraître jeune, et sûr de toi à la fois. Tu dois être ferme sans trop en faire, joyeux sans être hystérique. Parle fort mais ne crie pas. Contrôle. Maîtrise. »

Alors Monsieur Important fait comme ont dit ses conseillers.

Car Monsieur Important veut vraiment devenir Président.

Clotilde Ravel

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